Diplôme et emploi : que vaut vraiment le précieux sésame aujourd’hui ?

Diplôme et emploi : que vaut vraiment le précieux sésame aujourd’hui ?

Alors que le parcours académique reste largement valorisé en France, la valeur réelle des diplômes sur le marché du travail interroge. Pour y voir plus clair, une récente étude de l’Insee a suivi le cheminement de 35 000 jeunes depuis leur entrée au collège en 2007 jusqu’à leurs 26-27 ans, pour mesurer l’impact concret de l’obtention ou non du précieux sésame universitaire ou professionnel.

Le diplôme, toujours au cœur du jeu ?

Le panorama reste révélateur : 91 % des élèves étudiés ont atteint au moins le niveau baccalauréat, et un sur trois est allé jusqu’au Master ou a intégré une grande école. Le diplôme continue-t-il pour autant de représenter l’accès privilégié à un emploi ? À première vue, l’avantage semble clair : 88 % des diplômés trouvent un emploi, contre 82 % parmi les non-diplômés de fin de cursus.

Un écart bien plus faible qu’il n’y paraît

En tenant compte des critères de milieu social, de sexe ou de parcours scolaire antérieur, l’effet direct de la réussite au diplôme sur le taux d’emploi s’amenuise très sensiblement, passant à seulement 2 points d’écart. La plupart des filières voient donc l’obtention finale du diplôme perdre de son importance en termes d’accès à l’emploi.

Un effet diplôme rarement déterminant

L’analyse couvre tous les types de cursus, de la Licence au CAP, en passant par le Master et le baccalauréat général ou professionnel. Pour la grande majorité d’entre eux, la différence sur le taux d’emploi entre diplômés et non-diplômés à l’issue de la dernière année reste minime, parfois même à l’avantage surprenant des étudiants non diplômés !

Niveau préparé En emploi (Diplômés) En emploi (Non-diplômés)
Écoles d'ingénieurs/commerce 92 % 87 %
Master 90 % 87 %
Licence 89 % 91 %
Bac+2 88 % 88 %
Bac Pro 87 % 74 %
Bac Général 77 % 77 %

Pour les Licences, les Masters, les cursus Bac+2 et le Bac général, la validation administrative du diplôme ne donne donc que peu, voire aucun, avantage lors de la recherche d’emploi. L’expérience acquise et le niveau atteint sont aujourd’hui davantage mis en avant par les employeurs.

Les cas où le diplôme reste incontournable

L’enquête révèle néanmoins deux exceptions notables. Dans les cursus d’ingénierie ou de commerce, disposer du diplôme accroît les chances d’accès à l’emploi de 6 points. Le Bac professionnel se distingue également : 87 % des diplômés obtiennent un poste contre seulement 74 % des non-diplômés. Dans ces domaines, la certification demeure un passage obligé.

Revenus et évolutions : la persistance de l’effet titre

Si le diplôme influence peu la simple embauche, il pèse encore lourdement sur la carrière et la rémunération :

  • Salaire : En moyenne, le diplôme ouvre la voie à 3 % de salaire en plus. Chez les titulaires d’un Master, le salaire net moyen atteint 2 240 € contre 2 130 € pour ceux qui n’ont pas validé leur dernière année. Du côté du Bac pro, l'écart passe de 1 590 € à 1 700 € nets mensuels.
  • Statut : Obtenir le diplôme multiplie les chances d’accéder à des postes de cadre ou à des fonctions intermédiaires. Ainsi, dans les grandes écoles, le taux de cadres chez les diplômés grimpe à 81 % — soit neuf points de plus qu’en l’absence du diplôme. La validation du Master augmente de 15 points la probabilité d’occuper une fonction d’encadrement (56 % contre 42 %), et pour les Bac+2/Bac+3, le gain s’échelonne entre 17 et 20 points sur l’accès à des postes au-dessus du niveau employé ou ouvrier.

Inegalités d’origine : le facteur décisif toujours présent

Au-delà du diplôme, l’accès à l’emploi demeure fortement marqué par le contexte familial et social. Les élèves issus de parents peu diplômés rencontrent davantage de difficultés à valider leur dernière année d’étude. Même à niveau d’études égal, l’origine sociale, les circonstances de vie au moment du cursus final et les accidents de parcours continuent de peser sur les débuts professionnels.

En définitive, le diplôme ne cesse de voir son rôle d’accès à l’emploi se relativiser, sauf dans certains domaines techniques ou sélectifs. Il reste cependant un atout déterminant pour accéder à des postes qualifiés et mieux rémunérés. Mais l’ascenseur social n’a pas fini d’affronter les lourds freins de l’inégalité des chances.