Au Japon, une école révolutionnaire propulse les VTubers au cœur de l’éducation

Au Japon, une école révolutionnaire propulse les VTubers au cœur de l’éducation

À Tokyo, une initiative inédite bouscule le monde de l'enseignement : une première école fait appel à des VTubers pour prendre en charge des matières académiques auprès d’élèves de tous âges. Un pari audacieux qui mêle soutien scolaire digital et divertissement immersif, et qui interroge sur le futur de l’éducation à l’ère des avatars virtuels.

Quand les VTubers deviennent enseignants

Le concept s’appuie sur le modèle du juku, ces établissements de soutien académique très en vogue au Japon, désormais revisités sous une approche numérique novatrice. Depuis le 17 février, il est possible de suivre des cours de mathématiques, d’anglais, de physique, mais aussi de chimie, de littérature classique, d’histoire et de géographie, entièrement animés par des professeurs VTubers.

Ce ne sont pas de simples vidéos préenregistrées ou des avatars figés : les enseignants mobilisés sont des créateurs de contenu aguerris, déjà connus pour leurs chaînes YouTube où ils interagissent avec des communautés en ligne. La frontière entre apprentissage traditionnel et animation numérique s’efface, offrant aux élèves une expérience interactive et engageante.

Matières proposées Public visé Tarif
Mathématiques, Anglais, Physique, Chimie, Littérature classique, Histoire, Géographie Lycéens en priorité, mais accessible aux collégiens et aux adultes intéressés Environ 9 900 yens/mois (60 à 65 euros)

Réengager les élèves grâce à l’immersion numérique

Face à une lassitude croissante des formats éducatifs en ligne classiques, l’objectif est ambitieux : lutter contre le désengagement des élèves, notamment dans les environnements ruraux ou chez ceux confrontés à la phobie scolaire. Là où les cours en visio classiques peinent à retenir l’attention au-delà de quelques minutes, la présence de VTubers vise à immerger l’apprenant dans un univers familier et stimulant.

L’entreprise en charge du projet assume clairement cette orientation et explique : « Bien que l’éducation en ligne devienne courante, le problème des étudiants incapables de suivre des leçons vidéo et se sentant délaissés est devenu flagrant. En combinant la flexibilité du en ligne avec des leçons immersives de professeurs VTubers, nous offrons un environnement où l’apprentissage continue. »

Des réactions contrastées

Le lancement de cette école virtuelle n’a pas manqué de susciter de vives discussions sur les réseaux sociaux. Les défenseurs y voient une démarche résolument tournée vers l’avenir, particulièrement adaptée à la jeune génération, élevée avec Twitch ou Roblox. Mais cette nouveauté soulève aussi de nombreuses interrogations : la relation pédagogique peut-elle s’établir efficacement sans véritable contact humain ? Ne risque-t-on pas de détourner l’attention des élèves, trop captés par l’esthétique des avatars ?

La légitimité des enseignants est également évoquée : une figure virtuelle, incarnée par une voix synthétique ou caricaturale, sera-t-elle crédible pour transmettre des connaissances pointues, notamment dans les matières scientifiques ? Les premiers cours en streaming programmés dès le 19 février 2026 permettront d’apporter quelques réponses et d’évaluer la solidité du modèle pédagogique.

Le Japon, laboratoire de l’éducation numérique

Cette expérimentation s’inscrit dans la continuité des nombreuses initiatives japonaises visant à explorer les possibilités offertes par la frontière toujours plus poreuse entre virtuel et réalité. À titre d’exemple, certaines agences spécialisées avaient déjà imaginé des services d’accompagnement virtuel pour sortir des jeunes et des seniors de l’isolement.

Avec cette école de VTubers, le Japon continue de dessiner les contours d'une éducation à la croisée des mondes réel et numérique, questionnant autant les usages que les finalités de la transmission du savoir à l’ère digitale.