Boissons énergisantes : bientôt interdites aux moins de 16 ans en France ?

Boissons énergisantes : bientôt interdites aux moins de 16 ans en France ?

La consommation de boissons énergisantes pourrait bientôt être soumise à des restrictions sans précédent pour les mineurs en France. Alors que ces canettes, très appréciées des jeunes, sont devenues omniprésentes dans les établissements scolaires et lors des révisions, un rapport récemment présenté à l'Assemblée nationale avance une proposition radicale : interdire leur vente aux moins de 16 ans.

Un marché en pleine expansion qui suscite l’inquiétude

Le volume d’affaires généré par les boissons énergisantes a connu une croissance fulgurante en moins d’une décennie, passant de 180 à 780 millions d’euros, selon le rapport présenté par les députés Sandrine Runel et Yannick Neuder. Ce dynamisme commercial interpelle, en particulier face à l’inquiétude croissante du corps médical.

Des risques sanitaires pointés par les experts

Les boissons énergisantes posent problème en raison de leur composition, mêlant des concentrations élevées de caféine, de taurine et de sucres rapides. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), une canette de 500 ml excède de loin le seuil recommandé de caféine pour un adolescent.

Chez les plus jeunes, la surconsommation de ces produits est susceptible de provoquer des troubles du rythme cardiaque, des accès d’hypertension, ainsi que des épisodes d’anxiété aiguë. Leur effet stimulant perturbe par ailleurs les cycles de sommeil, entraînant une consommation accrue pour compenser la fatigue ressentie en journée.

L’essor des réseaux sociaux contribue à intensifier ce phénomène, notamment avec l’arrivée de marques créées ou promues par des influenceurs populaires, telles que la boisson Ciao Energy, portée par Squeezie, Léna Situations et Inoxtag. Cette stratégie marketing, très ciblée, inquiète les professionnels de santé qui alertent sur les potentiels risques pour les jeunes utilisateurs.

Les mesures envisagées par les députés

Afin de mieux encadrer ces produits, les rapporteurs souhaitent imposer dès l’automne un ensemble de mesures dans le cadre du projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 :

  • Interdiction de la vente aux moins de 16 ans, en magasin physique comme en ligne
  • Disparition des boissons énergisantes dans tous les distributeurs automatiques
  • Extension de la taxe sur les boissons alcoolisées prêtes à boire dépassant 12°, à l’image du produit Vody
  • Mise en place de contrôles de vente auprès des commerçants, avec des amendes pouvant atteindre 50 000 euros en cas de non-respect
  • Interdiction formelle de toute publicité ou promotion sur les réseaux sociaux

Yannick Neuder, ancien ministre de la Santé, souligne le manque d’information de nombreux foyers quant à la composition de ces boissons, bien plus concentrées en sucres et en stimulants qu’un soda classique.

Une harmonisation avec les pratiques européennes

Cette initiative vise à rapprocher la législation française de celle déjà appliquée dans plusieurs pays européens. Pologne, Lituanie, Lettonie, Roumanie : tous ont interdit la vente d’énergisants aux mineurs ces dernières années. La Norvège a récemment adopté une réglementation similaire, tandis que le Royaume-Uni prévoit, dès avril 2027, de restreindre la vente des boissons dépassant 150 mg de caféine par litre aux moins de 16 ans. Paris envisage donc de s’aligner sur ce modèle, estimé par les rapporteurs comme à la fois réaliste et protecteur.

Face à ces annonces, le syndicat des fabricants dénonce une mesure disproportionnée qui pourrait porter préjudice à l’ensemble du secteur. De son côté, le cabinet ministériel de Stéphanie Rist affirme étudier sérieusement les recommandations du rapport parlementaire.

Les cocktails alcoolisés-caféinés sous surveillance

Outre les boissons énergisantes classiques, les députés tirent également la sonnette d’alarme à propos des cocktails industriels mariant alcool fort et caféine, comme le Vody, dont la teneur en substances stimulantes excède largement les recommandations.

Très attractifs en raison de leur prix et d’un marketing agressif sur les réseaux sociaux, ces produits visent délibérément un public jeune et vulnérable. L’association de l’alcool et de la caféine masque les effets sédatifs de l’ivresse, incitant à sous-estimer son niveau d’ébriété et à prolonger la consommation, ce qui augmente nettement les risques d’accidents graves.

Vers un bouleversement des habitudes de consommation chez les jeunes ?

Le débat parlementaire s’annonce intense dans les prochaines semaines autour de l’interdiction légale de ces boissons chez les moins de 16 ans. Supermarchés et distributeurs automatiques pourraient bien évoluer très rapidement, modifiant durablement les routines de consommation des adolescents et des jeunes adultes.