Ynsect : un investissement public de 148 millions d’euros envolé après la liquidation
Un lourd bilan pour les finances publiques
L’État français, au travers de multiples dispositifs portés notamment par Bpifrance et le programme France 2030, a consacré près de 148 millions d’euros à la startup Ynsect spécialisée dans la production de protéines à partir d’insectes, entre 2012 et 2025. D’autres estimations évoquent des montants avoisinant les 200 millions d’euros, une somme qui inclut également de nombreux soutiens indirects.
Malgré les espoirs initiaux et une campagne de levées de fonds ayant culminé à 600 millions de dollars pour Ynsect, la majeure partie du financement public s’avère aujourd’hui perdue suite à la liquidation judiciaire de l’entreprise. Comme l’a expliqué Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, lors de son audition à l’Assemblée nationale : « On y a cru, on a voulu y croire ». Bercy justifie ce revers par la prise de risque inhérente à toute innovation majeure et le choix d’une “technologie de rupture” qui n’a pas réussi à passer l’épreuve du marché, notamment en raison de la flambée des coûts énergétiques.
Des coulisses beaucoup moins reluisantes que prévues
Le projet Ynsect promettait de révolutionner la filière alimentaire mondiale grâce à l’élevage de larves de scarabées. La réalité du site industriel de Poulainville, près d’Amiens, semblait pourtant très éloignée de cette ambition. Divers témoignages et reportages ont révélé l’existence de problèmes majeurs : présence de rongeurs, fuites, murs dégradés et nuisances liées aux insectes.
Hadrien Godard, ancien employé, évoque une installation « totalement dépassée » où l’improvisation remplaçait la haute technologie initialement promise. Ces conditions auraient également eu des répercussions sanitaires : plusieurs salariés auraient manifesté des symptômes d’asthme et d’allergies, probablement liés à la poussière d’insectes et aux déjections de larves.
La fameuse « gigafactory » verticale de 35 mètres de haut, annoncée comme un modèle d’industrialisation innovant capable de produire 80 000 tonnes de protéines, n’a jamais réussi à fonctionner à pleine capacité, illustrant ainsi les limites d’une stratégie de déploiement jamais testée à cette échelle.
Derrière l’échec, un business plan en décalage avec le terrain
L’un des facteurs majeurs de la faillite d’Ynsect résiderait dans un excès d’ambition porté par un business plan établi sans prise en compte suffisante des contraintes opérationnelles réelles. Initialement, la production devait servir le secteur de l’aquaculture, un marché prometteur, mais le projet a rapidement été réorienté vers l’alimentation pour animaux domestiques, beaucoup moins rémunératrice et inadaptée à un outil industriel de cette taille.
Ainsi, l’activité n’a pas pu assurer la rentabilité attendue. La situation s’est encore aggravée lors de la crise sanitaire et à cause de choix de gestion qui, selon plusieurs observateurs et anciens collaborateurs, se sont avérés trop déconnectés des réalités industrielles. Au total, 137 suppressions de poste ont été annoncées sur les 200 collaborateurs de l’entreprise.
Parallèlement, une bataille judiciaire se dessine : Me Fiodor Rilov, avocat de plusieurs salariés licenciés, réclame des explications sur la façon dont les fonds publics ont été engagés et dépensés dans cette aventure.
Une illustration des limites de la “Start-up Nation”
Ce revers cinglant pour Ynsect est aujourd’hui perçu comme un cas emblématique des dérives de la course à l’innovation et à la réindustrialisation. Entre levées de fonds spectaculaires et projections déconnectées de la réalité technique, le rêve tricolore de bâtir une industrie disruptive à partir d’une start-up trouve ici ses limites.
Comme l’a résumé Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance : « On ne peut pas tout réussir dans la réindustrialisation. »
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