Protection des enfants à l’école : vers un point de signalement unique et un défenseur dédié

Protection des enfants à l’école : vers un point de signalement unique et un défenseur dédié

Le système de détection et de gestion des violences en milieu scolaire s’apprête à évoluer profondément. Face à la recrudescence des alertes et à la nécessité d’assurer un réel suivi des situations, le ministère prévoit la création d’un poste inédit directement rattaché à l’Éducation nationale : un « défenseur des droits des enfants ». Cette mesure centrale vise à transformer le parcours du signalement pour les victimes, les familles et les personnels scolaires.

Vers un véritable point d’entrée unique pour les signalements

Jusqu’à présent, les démarches de signalement de violences à l’école représentaient souvent un véritable parcours du combattant. Si des faits survenaient dans le cadre d’activités périscolaires ou à la cantine, les responsabilités se diluaient fréquemment entre les différents acteurs : écoles, municipalités et intervenants externes. La volonté affichée est désormais de centraliser chaque témoignage ou soupçon de maltraitance, quelle qu’en soit la nature ou le contexte.

L’annonce de la nomination d’un « défenseur des droits des enfants » à l’échelle de l’Éducation nationale ambitionne d’en finir avec l’éparpillement actuel. Il s’agit de garantir que chaque alerte soit prise en compte et suivie du début à la fin, sans se heurter à des cloisonnements institutionnels.

Une augmentation notable des signaux d’alerte

Le nombre de signalements liés aux violences en milieu scolaire poursuit une progression spectaculaire. On compte aujourd’hui 80 000 signalements annuels, contre 50 000 il y a dix ans. Selon Édouard Geffray, cette progression ne traduirait pas uniquement une hausse des violences, mais témoignerait surtout d’une libération de la parole et d’une meilleure détection.

L’école, désormais identifiée comme le principal espace d’observation des cas d’abus, continue d'améliorer ses dispositifs grâce, notamment, aux programmes d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars). Au 31 décembre 2025, deux tiers des élèves avaient bénéficié d’au moins une session de sensibilisation, un levier important pour donner les moyens aux enfants d’identifier et de dénoncer des comportements inadaptés.

Un contrôle accru des personnes en contact avec les élèves

Derrière le renforcement de la prévention se trouve également un durcissement des mesures de contrôle au sein du personnel éducatif et des intervenants extérieurs.

  • Les vérifications d’honorabilité (issue notamment du Fijais, fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles) ne seront plus restreintes à la seule embauche : elles seront répétées tous les trois à cinq ans pour l’ensemble des 1,2 million d’agents.
  • Animateurs, intervenants ponctuels et formateurs extérieurs feront l’objet du même contrôle systématique.
  • Du côté des établissements privés, après 1 000 inspections réalisées en 2025, l’objectif est de contrôler 40 % des structures d’ici à 2027.

L’enjeu affiché demeure limpide : faire de l’école un espace de « confiance absolue », où nul ne pourrait profiter de failles administratives pour s’approcher des élèves.

Des interrogations sur le dispositif proposé

Si la création d’un défenseur dédié à la protection de l’enfance au sein du ministère se veut ambitieuse, elle suscite d’ores et déjà des débats. Plusieurs grandes associations de protection de l’enfance, à l’image de la Cnape, s’interrogent sur la pertinence du modèle, et craignent la superposition de nouvelles couches administratives. À leurs yeux, l’existence d’un Défenseur des droits avec un adjoint dédié aux enfants au niveau national garantirait déjà ce rôle de veille.

Elles plaident en faveur d’un renforcement des dispositifs existants ainsi que d’une meilleure articulation avec la justice, plutôt que d’ajouter une nouvelle structure potentiellement redondante.

Le risque, selon ces acteurs, serait de disposer d’un symbole sans moyens concrets pour faire face à l’ampleur des besoins, alors même que l’Éducation nationale souffre d’un manque de médecins scolaires et de psychologues. Un protocole d’action destiné à aider les personnels scolaires à mieux signaler sera publié dès la semaine prochaine, constituant un premier test pour ce plan national qui vise à renforcer la protection des enfants, tout en amorçant une refonte profonde d’un système jugé à bout de souffle.